Conversation entre vêtements de toutes origines

conversation (se passant dans un magasin d’alimentation ou de vêtements) entre divers éléments d’origines différentes…

Au fond d’un entrepôt de vêtements, la nuit du 12 janvier dernier, une bien étrange conversation se déroule:

 

La cravate enthousiaste :

-Hé les gars, j’ai entendu un des gardiens raconter que près de quatre millions de français ont marché ensemble pour défendre la liberté d’expression, c’est formidable, non ?

 

Le costume septique :

-Quatre millions, moins de 10 pour cent des Français, la liberté d’expression a du souci à se faire.

 

Le jeans choqué :

– Tout ça pour quelle liberté? Celle de dessiner, de se moquer, de choquer? Moi j’le calcule pas le Charlie, il fait que foutre le dawa. Mais j’dis pas qu’il fallait le tuer mais juste lui interdire d’injurier.

 

La Kippa ironique :

-Ah’ya ne m’dis pas que les caricatures sur les Juifs ou les Cathos, tu trouves pas ça hilarant?

 

La chachia bienveillante :

-Faut arrêter les gars, pas de ça ici. Réfléchissez un peu. Dans le monde il y a des millions de gens qui voudraient venir ici.

 

La paire de baskets provocatrice :

-Wesh gros ou pour dégommer un max de capitalistes qui en ont rien à foutre de la misère dans l’monde et qui se gavent grave en les regardant crever la dalle au JT de 20h.

 

Le costume lugubre :

-Les terroristes s’en tamponnent de la misère du monde, ce qu’ils veulent c’est mettre à genoux et égorger comme des moutons ceux qui pensent pas comme eux. Ouvrons les yeux sur ces fanatiques qui haïssent nos modèles démocratiques ! Notre laïcité, ils la vomissent, arrêtons d’être naïfs !

 

La djellaba inquiète :

-Walla radim, ici c’est pas ce que veut faire la grande majorité des vrais croyants qui eux sont contre la violence. La laïcité et la liberté de conscience, franchement, faut accepter même si ça diminue la puissance de la religion.

La spartiate nostalgique :

-C’est pas faux, avec la laïcité, fini le pouvoir de décider ce que les ouailles doivent penser, dire, faire. J’avoue, rien de mieux pour faire accepter aux pauvres la misère et les inégalités que la promesse du Paradis en échange de la soumission aux puissants d’ici bas.

 

La djellaba hilare :

-Et tu oublies les houris, les vierges qui nous sont promises, ça vous n’avez pas vous les cathos !

 

Le t-shirt déprimé :

-Elles sont relou vos religions. Vous dite tous, la main sur le cœur, que c’est la paix et l’amour que vous voulez. Mais y en a plein qui préparent la guerre et ont la haine dans leur tête. C’est comme au stade de foot entre supporters qui se frittent à la moindre occasion.

 

La conversation a continué et s’est achevée au petit matin… Et durant cette longue nuit, dans un recoin sombre, une petite jupe rose et un foulard noir n’avaient pas pris part au débat.

 

Martine L